Utilisateur:Thélème/Toute une histoire

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Lancement

Voix-off : Aujourd'hui, les émouvants invités de Toute une histoire nous raconteront sans fausse pudeur leurs vies brisées par le harcèlement. Vous découvrirez le témoignage de Daphné, 37 ans, vivant à Tourcoing, toujours chômeuse, moralement détruite par son tuteur de l'ANPE.

(flash.)

Jean-Luc : Qu'est-ce-qu'il a fait pour vous pousser à bout ?
Daphné : (sanglotant) Il m'a mis une pression atroce... il n'arrêtait pas de me dire que je pourrais dire adieu à mes sept enfants si je ne retrouvais pas un emploi ! Alors qu'ils étaient ma seule source de revenue effective ! Il m'a... il m'a... (manque de s'étouffer) il m'a prise à la gorge !
Public : Oooooohhh !
On compatit à la détresse de Daphné
Voix-off : Frédéric, 29 ans, Parisien, père de deux enfants, ancien cadre dynamique, harcelé sexuellement au travail, livrera un récit bouleversant de son calvaire.

(flash.)

Jean-Luc : Comment s'y est-elle pris pour vous démolir comme ça ?
Frédéric : IL m'envoyait des photos de LUI dans des poses pornographiques. IL m'envoyait ça par email, puis IL me faisait des petits signes et des clins d'œil par dessus SON bureau... (s'effondre en larmes) Ça a duré quatre ans... j'ai dû démissionner lors de ma troisième dépression nerveuse.
Public : Oooooohhh !
Voix-off : Mais d'abord, Alain, 49 ans, enseignant dans un petit village de l'Oise, confessera comment les méfaits d'un mystérieux corbeau ont réduit sa vie entière à néant.
Public : Oooooohhh !

(flash.)

Jean-Luc : Et pendant combien de temps avez-vous retrouvé des petits animaux morts dans votre boîte aux lettres ?
Alain : Onze mois.
Public : Oooooohhh !
Alain : Les quatre ans d'après, le mode opératoire a été modifié : les cadavres étaient placés juste devant la porte d'entrée, enrobés dans des lettres d'insultes - calligraphiées sur des peaux de chèvres fraîches.
Public : Oooooohhh !

Début de l'émission

La caméra survole l'audience tandis que Jean-Luc Delarue fait son entrée. Il est très charmeur. Malgré ses regards enjôleurs, il est évident qu'il est uniquement présent en tant qu'animateur professionnel, et non comme séduisant repris de justice.

Et pourtant...
— Bonsoir très cher public, et bienvenue pour cette nouvelle émission ! Vous le savez, ici c'est du sexe, des larmes, des haines, des maladies génétiques, des affections psychiatriques, mais aussi des rires, des morceaux de bravoure et des miracles télégéniques. C'est la vie. C'est toute une histoire.

Le public exulte.

À ce moment précis, Jean-Luc se tourne vers une banquette où sont assis côte à côte trois personnes plutôt mal assorties. Ce sont les invités : on repère parmi eux une femme bouffie, entre deux âges, un jeune homme aux traits tirés, et un quinquagénaire gouailleur. À l'opposé se tient une femme, visiblement sexuellement épanouie, qui tient un calepin et un stylo à la main. Elle commence à prendre des notes alors que Jean-Luc se dirige vers ses témoins. L'émission a commencé.

Le récit d'Alain

Assistant dans l'oreillette : Fais bien gaffe : le premier à faire parler, c'est le vieux. S'appelle Alain.
Jean-Luc : (discrètement) Hmm hmm. (enthousiaste) Alors très cher Alain bonsoir !
Alain : Bonsoir.
Jean-Luc : Vous étiez donc instituteur à l'ancienne, récemment retraité, grand-père sympathique, aimable citoyen d'un accueillant patelin, et accessoirement victime d'un harcèlement qui dure depuis près de cinq ans maintenant. C'est bien ça ?
Alain : C'est exact, oui.
Jean-Luc : Alors Alain, racontez-nous votre histoire.
Alain : Eh bien... voilà, ça a commencé par une fenêtre brisée. Quand on a découvert les bouts de verre dans la cuisine, en rentrant, on ne s'est d'abord douté de rien...
Jean-Luc : On ?
Alain : On. Jeanine et moi. Ma femme.
Jean-Luc : Mais vous témoignez seul aujourd'hui...
Alain : Oui. Voilà deux ans que je n'ai aucune nouvelle d'elle.
Public : Oooooohhh !
Jean-Luc : Le public semble choqué...
Alain : Si ça ne vous fait rien, je préfère ne pas en parler.
Public : Raaaaaahhh !
Jean-Luc : Le public semble frustré...
La dame au calepin, Daphné et Frédéric : (à l'unisson) Il n'est pas le seul !
Alain : derrière ses airs de drag-queen, une douleur tangible


Alain : Bon, ça va, ça va ! Elle n'a pas supporté... ce qu'on subissait... tout ça, pour elle, c'était trop dur...
Public : Oooooohhh !
Alain : ... Je peux continuer mon histoire ?
Jean-Luc : Non, plus tard. Là, c'est le moment de diffuser votre reportage.
Alain : Ah ? Déjà ? Euh... bon. Bah... d'accord. Mais qu...
Jean-Luc : (impérieux) Cht cht cht tchhhhh... (souriant à la caméra) Nous allons donc essayer d'en apprendre un petit peu plus sur ce qu'à bien pu être votre martyr, à travers ce document édifiant.

Reportage

Première séquence : un joli pavillon, quelques massifs de fleurs, le tout semble propret. Travelling, la caméra se fixe sur une maison voisine : la façade est couverte de graffitis orduriers, la boîte aux lettres est éventrée... La porte d'entrée s'ouvre : apparaît Alain.

Voix-off : Il est neuf heures. C'est un dimanche matin comme les autres, dans ce petit village picard. Comme à son habitude, Alain démarre sa journée en ramassant les coquilles d'œufs et les rouleaux de papier toilette abandonnés dans le jardin. Ici, à Margny-la-Motte-sur-Matz, paisible bourgade de 700 habitants, tout le monde est habitué à voir Alain ramasser les coquilles d'œufs et les rouleaux de papier toilette abandonnés dans son jardin.