La Terre

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La Terre est un film soviétique muet d'Alexksanderei Dovjenko sorti en 1930 et qui parle d'un paysan communiste. Je suis en train de le regarder et c'est pas mal du tout, le film s'inscrit dans un courant assez naturaliste et idéaliste avec des vaches et des costumes folkloriques qui ne sont pas sans rappeler les vrais paysans et leurs vêtements saugrenus et bizarroïdes comme ceux du Tarn ou encore ceux du Gers ou encore ceux du Morvan, ou encore ceux des Deux-Sèvres.

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Saviez-vous que...
Le cinéma russe a été connu pour, dès ses premières années, avoir cherché à aller plus loin que ce qui existait déjà. Les Eisenstein et les Vertov, entre autres, avaient élaboré leurs propres théories sur le sujet. Autant que le cinéma est issu d’un procédé mécanique, c’est aussi un art à même de faire appel à nos émotions et à nos perceptions du monde. C’est ce que des cinéastes tels que Tarkovski, Bresson, Kurosawa ou encore Mizoguchi ont étudié et véhiculé toute leur vie. Il est d’ailleurs intéressant, à ce sujet, de voir Tarkovski citer Alexandre Dovjenko comme une influence, un de ceux qui a réussi à faire du « cinéma poétique » avec, notamment, La Terre.
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Saviez-vous que...
Alexandre Dovjenko est un cinéaste déjà connu à cette époque où une nouvelle décennie s’ouvre, où le cinéma muet quitte le présent pour s’évanouir dans le passé, à quelques exceptions près, dont fait partie La Terre. Beaucoup de films de la fin du muet préfiguraient déjà les principaux mouvements du début du parlant, et La Terre en fait partie, bien que son rayonnement soit encore plus large et irrigue l’histoire du cinéma toute entière. Comme tout film, La Terre raconte une histoire, celle de la fin des koulaks, riches propriétaires terriens, et l’arrivée de la mécanisation, nouvelle opportunité pour des paysans plus modestes de prospérer. Le message social et sa dimension politique, en pleine ascension du communisme soviétique, est tout à fait visible, avec cette lutte des classes et ce changement d’époque, mais il ne vire jamais à la propagande belliqueuse ni au pamphlet.

Je me présente, je m'appelle Yoshkill, et j'ai une bonne culture cinématographique, ainsi cela me confère le pouvoir de parler de films avec n'importe qui mais j'ai aussi de la ressource dans d'autres domaines, comme la mécanique des fluides ou encore le baseball. Je suis incollable également sur la musique free jazz, ainsi que sur tout ce qui touche à l'automobile. On dit de moi que je suis un savoir sur pattes, une encyclopédie vivante. D'aucuns prétendent même que je serais l'homme le plus cultivé de la planète. Il faut dire que je m'y connais aussi en philosophie idéaliste, ainsi qu'en logique formelle, et en pâtisserie. J'ai même de grandes connaissances en médecine gérontologique. Je connais très bien les aquariums d'Europe. J'ai une certaine connaissance de l'histoire de la piraterie dans le monde. Je connais toutes les planètes observables par l'Homme, et j'en ai visité deux.

Lorsque je parle de films soviétiques muets, tout le monde est absolument captivé par mon discours : les gens ont l'impression que je connais tout, et que je réfléchis énormément sur les choses, ils se disent unanimement que je suis passionnant. Les femmes ont généralement un faible pour moi, à cause de cela, et aussi à cause de mon physique. Il faut dire que je suis très beau et très viril. Des centaines de femmes me l'ont déjà dit. Je fais du sport régulièrement mais j'ai quand même le temps pour me cultiver, et aussi pour gagner un max de fric. Avec ce fric, je peux payer de bons restaurants aux femmes, et aussi m'acheter des places de cinéma pour regarder des films, voire même carrément acheter un home cinéma pour les regarder directement chez moi en Ultra-HD, ce qui me permet de devenir de plus en plus cultivé, et c'est alors un cercle sans fin !

Les voitures que je possède sont des Ferrari et des BM coupées sport, et j'ai aussi plusieurs baraques, et des motos. J'ai aussi mon permis bateau pour quand je veux me balader en bateau, et j'ai plusieurs bateaux, et aussi plusieurs avions pour quand je fais de l'avion, et j'ai aussi le permis pour ces avions. J'ai passé mon brevet d'aviation et je suis en mesure d'emmener une fille qui me plait dans un tour d'avion si jamais je désire l'impressionner et qu'elle couche avec moi facilement. Je peux aussi lui parler du film La Terre d'Aleksanderei Dovjenko, qui est un film communiste à la photographie léchée, au montage captivant et avec une direction des acteurs absolument sublime et maîtrisée. Ce film est le summum du 7ème art, il se hisse facilement parmi les plus grands aux côtés de Kubrick et Steven Spielberg ou encore Andrei Tarkovski, Luc Besson ou Roman Polanski pour ne citer que les plus célèbres.

Je me fais régulièrement un ptit resto pour parler de films avec des gens intelligents et passionnants, ou avec des femmes que je conquiers sans problème. Rien qu'en claquant des doigts, je me les tape, mais j'apprécie aussi la qualité de mon repas du restaurant car c'est très cher et délicieux. Je sais apprécier la nourriture gastronomique, je suis éduqué à la cuisine de haut niveau, et de manière générale tout ce que je fais se situe à un haut niveau. J'ai notamment un haut niveau en tennis, en golf, en piscine, en cheval, en ballon, et en fusil.

Synopsis

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Saviez-vous que...
En effet, le film de Dovjenko ne doit pas simplement être regardé pour son histoire. Il ne s’agit pas simplement de voir un début, des événements, et une fin, puis de quitter le film. L’histoire du film n’est qu’un élément d’un ensemble bien plus vaste, et le film de Dovjenko a surtout pour vocation de faire ressentir les choses via l’omniprésence d’une nature superbement filmée. Le vent dans les champs, les rayons de lune à travers les nuages dans la nuit, ces amoncellements de pommes, le ruissellement de la pluie sur les fruits, la vie, la mort, la terre, le ciel, l’eau… C’est toute la beauté de la nature qui s’exprime ici. Les images capturent des instants fugaces et créent chez le spectateur des sensations particulières grâce à leur composition et à leur authenticité qui leur permettent d’établir cette communication si particulière avec le spectateur.
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Saviez-vous que...
La distribution du film est la suivante :

Stepan Chkurat : Opanas Semion Svachenko : 'Basil' Opanas Ioulia Solntseva : Sœur de Basil Elena Maksimova : Natalya, fiancée de Basili Nikolaï Nademski : Semyon 'Simon' Opanas Ivan Franko : Arkhip Whitehorse, père de Khoma Piotr Masokha : Khoma 'Thomas' Whitehorse Vladimir Mikhaïlov : Prêtre du village Pavel Petrik : Jeune chef de la cellule du parti

Louka Liachtchenko : Jeune koulak

En Ukraine, un vieillard, Semyon, meurt dans un verger. La collectivisation des terres crée des antagonismes dans le village, entre les anciens et les jeunes, les riches et les pauvres. Le jeune paysan Vassili, ardent communiste, démontre l'efficacité du nouveau tracteur tout en renversant le bornage des ex-propriétaires. Après avoir passé la nuit chez sa fiancée, son allégresse manifestée par la danse est brutalement interrompue par un coup de feu qui l'abat sur le chemin du retour.

Fiche technique

  • Titre : La Terre
  • Titre original : Земля, Zemlia
  • Réalisation : Alexandre Dovjenko
  • Scénario et montage : Alexandre Dovjenko
  • Photographie : Daniïl Demoutski (ru)
  • Décors : Vassili Kritchevski (ru)
  • Musique : Lev Revouski
  • Production : VUFKU (Ukraine)
  • Pays d'origine : URSS
  • Format : Noir et blanc - Film muet
  • Genre : Drame
  • Durée : 75 minutes
  • Date de sortie : 1930

Analyse personnelle

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Références :

Marcel Martin : in Dictionnaire mondial des films, Éditions Larousse. J. Lourcelles : Dictionnaire du cinéma, Bouquins, Robert Laffont. P. Bliakhin, Pravda, 29/03/1930. P. Bliakhin : op. cité M. Martin : op. cité Luda et Jean Schnitzer : Alexandre Dovjenko, Éditions Universitaires, Paris, 1966. Elisabeth Boyer : Introduction à La Terre in L'Art du cinéma, no 6, novembre 1994.

L. et J. Schnitzer : op. cité.
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Saviez-vous que...
Film Socialisme
The cinema has no boundary, it is a ribbon of dream.

En voyant le film sous cet angle, son histoire prend alors une autre dimension. L’histoire sur les koulaks et les moujiks cherche à capturer un moment d’histoire, mais aussi à créer un contraste entre le grouillement des humains et l’aspect frénétique et éphémère de leur vie, face à l’immuabilité et la pérennité de la nature. Là où les plans montrant la nature sont souvent fixes, s’enchaînant avec des fondus donnant une légère sensation de lenteur, les plans de foules et de groupes consistent généralement en une succession rapide de gros plans, généralement en contre-plongée, comme le faisaient souvent les cinéastes soviétiques à l’époque. Dovjenko parvient à montrer l’urgence d’une situation où des bouleversements interviennent de façon brutale, où l’humanité s’apprête à changer, mais où la nature demeure immense, inflexible, belle et mystérieuse. Le titre du film, La Terre, va en ce sens en mettant en avant ce qui est, en somme, l’élément principal du film, celui d’où l’on provient et celui où l’on retourne.

Dovjenko raconte certes une histoire, mais il parvient surtout à faire ressentir, à créer des émotions et des sensations chez le spectateur, à travers les images et ses choix de plans et de lumières, comme le cherchèrent plus tard Bresson et Tarkovski. Avec La Terre, il parvient à donner vie à une sorte de manifeste du cinéma poétique, où la caméra est au service d’un message personnel plus que d’une histoire. La caméra capture des moments parlants pour le cinéaste, pour qu’ils puissent parler au spectateur. C’est pour le cinéma soviétique le crépuscule d’une époque, mais la formidable ouverture vers de nouvelles perspectives permettant de donner au cinéma une nouvelle dimension.

Dans leur étude consacrée au cinéaste Aleksandr Dovjenko, Luda et Jean Schnitzer signalent l'intimité qui liait étroitement l'opérateur et le réalisateur : « Ils se comprenaient, leur art puisait aux mêmes sources. Le paysage ukrainien a trouvé en eux des poètes insurpassés. [...] Les images de Demoutzky sont d'une pureté exemplaire, très dépouillées, plutôt statiques et solennisées par une légère contre-plongée (la fille au tournesol, les vieux aux bœufs...). [...] Ses portraits sont remarquables, mais c'est dans le paysage qu'il atteint ses sommets. Jamais ni avant, ni après, on ne vit pareils jardins à l'écran, aussi prodigieusement vivants. Est-ce à ces pommes-là que pensait Dziga Vertov lorsqu'il écrivait en 1936 dans son journal intime : "Il faut filmer une pomme de telle façon qu'aucune imitation, aucune supercherie ne soit possible" ? [...] Non seulement on peut mordre dans les pommes filmées par lui, mais on perçoit la fraîcheur des gouttes de pluie sur leur peau chauffée au soleil. »

Des dizaines d'années plus tard, Andreï Tarkovski saura s'en souvenir, citant le film de Dovjenko, dans une des scènes de L'Enfance d'Ivan (1962). « Univers étrange - ô combien construit - que cette Terre qui accorde à des pommes des dimensions monstrueuses afin que l'échelle des représentations soit déséquilibrée. »

Le film parle d'une métamorphose, celle de la Russie.

La force du film se trouve d'abord dans la façon dont Dovjenko capte tout ce changement dans l'histoire de son pays, à savoir la mécanisation du travail et la collectivisation des terres. A travers un scénario finalement assez simple, il met en avant un combat d'idéologie et de vision du monde et de la politique à travers un drame et le destin de ce jeune communiste. Malheureusement, cette histoire est parfois alourdie par un message un peu trop appuyé mais finalement qu'importe, tant Dovjenko apporte de la puissance et de la force à son oeuvre.

Techniquement audacieux La Terre livre son lot d'images fortes, notamment lorsqu'il montre la violence de ce combat, tant sur le plan idéologique que physique. Il retranscrit très bien cela à travers un visuel ingénieux où les plans marquant se succèdent. L'ensemble est bien rythmé et le réalisateur sait mettre en avant ses personnages, notamment ce jeune communiste, tout en captant les moments forts à l'image du final.

Peu à peu la tension monte mais Dovjenko n'en oublie pas le lyrisme et met en avant la nature entourant les paysans. Il orchestre les images avec brio à travers un montage ingénieux et en retranscrit toute la beauté, comme peuvent en témoigner les pluies lors de la dernière partie. Et finalement, c'est l'émotion qui va prendre le pas dans son récit, captant toute la force de cette lutte et des drames qui vont y découler.

Si le côté propagande n'est pas tout à fait maîtrisé et apporte quelques lourdeurs au film, c'est finalement sans grande conséquence tant Dovjenko arrive à lui donner de la puissance et à capter toute la force et l'émotion de cette lutte, tout en nous livrant de magnifiques tableaux naturels.

Conclusion

Personnellement, j'ai dit "La Terre" pour le grand public, mais dans l'intimité, je préfère appeler ce film Zemlya, ou plus proprement Земля, car je connais son titre original et que je parle russe.

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