Solfège

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Comme tout parent qui se respecte, vous avez un jour ou l'autre voulu faire de votre progéniture un Mozart en herbe. Belle idée et beau dessein s'il en est, mais entre la naissance de ce projet dans votre cerveau névrosé et l'épanouissement du talent de votre enfant, il faut lui faire subir une expérience souvent traumatisante, sur un minimum de dix ans pour avoir un résultat. Il s'agit bien évidemment du solfège.


Le solfège consiste en l'apprentissage théorique et pratique de la musique. Pour cela, l'élève, l'étudiant, l'apprenti musicien ou appelez-le comme vous voulez, devra apprendre à lire une partition, la chanter, l'entendre, l'analyser, l'harmoniser.


Lecture de note

« Sol, fa-aa-aa, mi bémol, si... non la, et merde. »
~ Un élève à propos de la lecture de note.

La lecture de note consiste, comme son nom l'indique, à lire les notes sur une partition. Elle ne s'adresse donc pas aux guitaristes, qui sont trop cons pour lire une partition et utilisent des tablatures.

La méthode d'apprentissage est assez commune et aberrante : on apprend d'abord à lire les notes sur la portée, puis on étend petit à petit l'étendue de la lecture. Ainsi, pendant ces trois premières années d'apprentissage, l'élève ne saura lire que sur une intervalle de moins d'une octave, de fa à mi. Alors qu'il serait facile de créer des portées pour débutants, avec 7 ou 8 lignes, éventuellement même colorées pour les distinguer, et de réduire le nombre de lignes avec l'expérience grandissante.

La deuxième aberration de la lecture de note est l'utilisation de plusieurs clés. Alors qu'il existe des instruments transpositeurs qui sont transpositeurs juste pour faciliter la lecture, on s'est amusé à créer sept clés différentes, alors qu'il suffirait juste sur une partition d'écrire pour quel instrument et quel hauteur on écrit, et tout le monde serait en clé de sol, et serait content.

Lecture chantée

Il s'agit du stade supérieur de la lecture de note. En plus de lire les notes en rythme, on doit aussi les chanter. Cet exercice fastidieux a traumatisé bon nombre de jeunes garçons en période de puberté. La mue fait des ravages sur la qualité de la voix, et les notes de chant s'en sont vues chez eux très altérées, tout comme leur succès au sein des chorales.

L'intérêt de la lecture chantée chez le musicien qui ne se destine pas au chant est limité. Il est plus interessant d'entendre une partition (voir dictée) que de la chanter. Aussi, le temps consacré au chant dans les cours de solfège devrait en toute logique et pour une meilleure cohésion pédagogique, être consacré à la dictée. Il faut revenir à la dictée !


Dictée

Dans cet exercice solfégique complexe, l'élève n'a qu'une partition vierge, et c'est grâce à son oreille qu'il la complète à partir d'un morceau qu'il entend, généralement joué par le professeur sur un piano. Selon le niveau, le nombre de voix à retranscrire est de un à vingt-huit, avec des pointes à quarante-deux pour les meilleurs.

Si ce travail semble utile au premier abord, il apparaît rapidement extrèmement futile en fait. En effet, il est bénéfique d'entendre une mélodie et de pouvoir l'écrire, mais il est beaucoup plus interessant d'entendre une mélodie et de pouvoir la jouer directement, sans passer par le support écrit qu'est la partition. Aussi, un musicien avec une excellente oreille mais aucune qualité d'écriture musicale sera très mauvais en dictée, ce qui sera un mauvais reflet de la qualité de son ouïe.


Analyse et harmonie

L'analyse consiste simplement à expliquer l'utilité des notes sur tel ou tel accord, et en découle l'harmonie, qui permet l'harmonisation de partition ou le contrepoint.

Dans la musique antérieure au dix-neuvième siècle, l'harmonie est assez simple, souvent basée sur une seule tonalité, et quelques accords qui en découlent, pas trop méchants.

Dans la musique moderne par contre, il est de bon ton d'utiliser au moins quinze tonalités par morceau [1] (ou aucune, le rendu final est assez proche). Aussi l'harmonie, qui est en fait une théorisation complète de la musique devient très vite absconse, voire absurde: A la question "pourquoi John Zorn a-t-il joué un sol dièse sur cet accord de do majeur 7?", l'éthique harmonique interdit de répondre "parce qu'il s'est planté ou qu'il voulait jouer out." Mais il faudra tout rationaliser, la réponse devra ressembler à "parce que le sol dièse est le triton du ré, qui est le cinquième degré du cinquième degré de do, ce qui crée une dissonance qui se résoud sur ré, qui renvoie à sol, qui renvoie à do."

Finalité du solfège

Les cours de solfège permettent à l'apprenti musicien une formation complète, voire trop complète, à la théorie musicale. Il parait fou de vouloir "trop apprendre", d'autant que, poussé au début par leurs parents, un bon nombre de mômes peu perséverants sera vite dégouté du solfège, de l'apprentissage de la musique et parfois même de la vie en général. Le solfège semblerait finalement être un moyen de tri psychologique qui autorisera ou non votre enfant à devenir musicien diplômé.
"Diplômé", en effet, c'est là la différence, parce qu'on n'a jamais dit qu'il fallait faire du solfège pour être musicien, tout comme on n'est pas forcément musicien parce qu'on a fait du solfège.

Notes

  1. Je vous vois venir avec vos "il n'y en a que douze" : Non, les plus vicieux vont écrire en ré dièse majeur ou fa bémol mineur par exemple, ou créer des tonalités au quart de ton près.
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